Un Membre de la FIL est recompense un acte héroïque

L'ingénieur de locomotive Kerry Osborne, le serre-frein Joe Moloney et le chef de train Don Collings sont montés à bord du train numéro 935-06 du CP à MacTier, Ontario, et se sont dirigés vers le nord peu de temps après minuit le 7 avril 1997. Leur groupe de quatre locomotives tirait deux wagons chargées et 46 wagons vides. Le temps avait été exceptionnellement chaud pour cette période de l'année et la neige fondait à une vitesse particulièrement rapide.

Cette soirée, cependant, un vent froid soufflait accompagné de pluie et de verglas, et bientôt la neige a commencé à tomber.

"La visibilité était terrible!" a dit Osborne, un membre de la Division 847 de la FIL à Biggar, Sask. "Nous ne pouvions pas voir plus de 200 verges devant nous."

Après que les membres de l'équipe aient épuisé tous les sujets de conversation concernant le travail, ils ont conversé sur des sujets plus familiers, soit la chasse et la pêche. "À ce moment-là du matin nous jasons de tout et de rien pour nous garder réveiller," a expliqué Moloney. Il était juste après 2 heures du matin.

Au nord de l'Ontario, la ligne principale du CP coupe à travers le Bouclier canadien accidenté, serpentant aux côtés d'un lac après l'autre, à travers des rochers coupés et à travers le muskeg. "Nous avions juste traversé une section qui a nécessité une restriction de vitesse lorsque nous avons noté que le drapeau de restriction de vitesse était parti au vent. J'en ai donc informé le contrôleur de la circulation ferroviaire," a dit Osborne.

Il venait tout juste de déposé le combiné de la radio, lorsque Osborne a vu ce qui a semblé être un mur noir environ cent verges devant. Tout ce qu'il pouvait voir pendant qu'il se tenait à sa fenêtre était deux rails argentées suspendues lâchement dans un grand bol. Aucuns connecteurs, aucun ballast... et aucune terre. Les deux rangées de rail soudées continues de 115 livres flottaient à travers un ravin de 15 mètres de profond. Quatre-vingt-cinq mètres de remblai s'étaient effondrés.

Selon une étude de l'incident par le Bureau de la sécurité des transports du Canada, un certain nombre de facteurs ont contribué à la défaillance du remblai.  Cependant, la majeure partie du blâme repose carrément sur les épaules d'un castor laborieux. La section de la plate-forme élevée qui s'était effondrée a croisé un marais enjambant deux coupes de roche. Quand un tunnel de drainage construit pour permettre à l'eau de s'écouler d'un côté du marais dans l'autre a été partiellement bloqué par le barrage de ce castor, il a causé le niveau d'eau d'un côté du remblai de s'élever beaucoup plus haut qu'à l'habitude. Enfin le remblai saturé par les niveaux exceptionnellement élevés de l'eau, a lâché et emporté la plate-forme avec lui.

"Je me suis juste assis en arrière dans ma chaise, me suis tourné et regardé Joe et Don et dit, ' au revoir les gars! ' " se rappelle Osborne.

Il a eu juste assez de temps pour mettre le train en urgence, appliquant immédiatement les freins à chaque wagon sur le train, avant que la locomotive de tête tombe par-dessus bord. Et ils sont descendus. "J'ai à peine eu le temps de voir ce que Kerry regardait," a expliqué Joe. "Ça s'est produit tellement vite que nous n'avons pas eu le temps d'être effrayés."

La locomotive de tête a plongé par-dessus, est tombée sur son côté et s'est finalement arrêtée. Les moteurs de traction se sont arrêtés, coupant le pouvoir dans la locomotive et la plongeant immédiatement dans l'obscurité. L'enregistreur d'événement de la locomotive, semblable à la boîte noire d'un avion, a indiqué que la locomotive avait rapidement réduit de vitesse et que ce mouvement a cessé quatre secondes et 70 mètres après que le frein de secours ait été appliqué. Moloney et Osborne ont été jetés contre l'avant de la cabine. Kerry s'est retrouvé sur le côté dans la moitié droite de la cabine. Joe est parvenu d'une façon ou d'une autre à rester debout pendant qu'ils s'arrêtaient. Miraculeusement, tous les deux sont sortis du désastre avec relativement peu de blessures.

"J'avais prévu que le reste du train s'empilerait sur nous," a dit Osborne. Mais la chance était avec eux quand les trois locomotives auxiliaires et 13 wagons qui suivaient leur locomotive dans le vide sont venues atterrir autour d'eux. "J'ai senti un égouttement sur mon cou et pensé que l'eau commençait à entrer mais j'ai touché derrière moi et réalisé que c'était le carburant diesel," a ajouté Osborne, qui, au commencement, a craint que les locomotives soient dans l'eau. Le feu a éclaté sur une autre locomotive et les membres de l'équipe savaient qu'ils devaient sortir rapidement.

Collings, qui était assis derrière Moloney dans le siège du chef de train, n'avait pas été aussi chanceux. "Je me rappelle avoir regardé Don juste comme nous sommes tombés par-dessus bord, et il s'était juste lancé sur les deux sièges. C'était si violent,"  a mentionné Moloney. Collings s'est retrouvé à côté d'Osborne, inconscient. Moloney, qualifié instructeur de premiers soins, a rapidement vérifié la condition de Collings et immédiatement assumé le pire.

Avec leur locomotive reposant à un angle de 90 degrés, Moloney et Osborne ont grimpé jusqu'au-dessus de la cabine et sont sortis par la seule ouverture restante. Sachant qu'il ferait très froid, ils sont parvenus à saisir des manteaux et une radio portative en sortant. Avec le feu faisant rage autour d'eux, Moloney s'est tourné vers Osborne et dit qu'il voulait sortir Collings." Pas d'importance, je savais que nous devions essayer de sortir Don.  Je ne voulais pas qu'il brûle," il s'est rappelé plus tard. "J'ai saisi son bras mais je ne pouvais pas le soulever."

Avec les mains nues, Moloney a commencé à creuser le ballast gelé qui s'était empilé dans la fenêtre avant de l'ingénieur. En attendant, Osborne, après la procédure d'urgence réglementaire, a contacté le CCF pour transmettre la gravité de l'accident et pour indiquer exactement leur emplacement. Finalement, Moloney a dégagé une voie d'accès à Collings et a commencé à le tirer petit à petit hors de la cabine, hurlant son nom à plusieurs reprises, espérant obtenir une réponse.

Après l'avoir roulé sur le dos, Collings a soudainement fait un bruit haletant. "Bon vous auriez dû voir Joe travailler quand il a réalisé que nous avions une chance de sauver Don," a dit Osborne. Pendant que Collings commençait à reprendre conscience il a hurlé de douleur, "Oh ma jambe, ma jambe." Joe, se rendant compte que la jambe de Collings s'était accrochée, est retourné dans la cabine remplie de fumée pour la libérer.

Collings allait d'un état de conscience à l'inconscience. Il ne savait qui ou où il était. Osborne et Moloney l'ont porté à une distance sécuritaire du wagon détaillé en feu.  La chaleur des feux les ont maintenus chauds. Moloney a enlevé son manteau et l'a étendu pour Collings, en utilisant son chandail pour supporter la tête de l'homme blessé.  Osborne a utilisé son manteau pour couvrir Collings et la tuque de Joe pour maintenir la tête de Collings au chaud. 

"Nous nous en sommes sortis," a crié Joe, comme les deux hommes se sont donnés un &laqno; high-five » en signe de triomphe.

"Nous étions tous vivants!" il a dit plus tard avec étonnement. "Nous avions pris la décision.  Nous étions pour la vaincre. En fait, j'ai marché jusqu'à la locomotive et lui ai donné un coup de pied."

"C'était tout un sentiment," a convenu Osborne.

Don commençait à avoir froid, donc Joe a risqué d'entrer à nouveau dans la locomotive pour trouver la trousse de secours et la couverture de secours nécessaire.  En couvrant Don, il s'est mis à la surveiller.  Ils ont attendu que les premiers répondeurs arrivent. Une explosion ardente a envoyé une douche de débris de métal et un nuage de fumée noire vers eux, comme Joe adaptait une porte en métal déchirée d'une locomotive comme bouclier. Don, maintenant plus éveillé, pleurait de douleur.

Jim Beaudry, préposé à l'entretien des signaux du CP à Britt, était le premier sur les lieux avec des couvertures, des vestes et des chapeaux. "Il n'y avait aucune lune, elle était foncée, le vent hurlait et il faisait froid," se rappelle-t-il. "Je suis avec la compagnie depuis 20 ans et j'ai seulement vu trois ou quatre déraillements. Celui-ci était le pire. Ils ont été chanceux de s'en sortir relativement sain et sauf." 

Peu après, les ambulanciers paramédicaux sont arrivés et les membres de l'équipe ont été transportés à l'hôpital à Parry Sound. Moloney et Osborne ont obtenu leur congé de l'hôpital plus tard la même journée. Collings, qui a passé quatre jours à l'hôpital et continue à récupérer de ses blessures, a indiqué que les gars "ont fait un excellent travail" le sortant du danger. "Ils méritent certainement le crédit pour tout ce qu'ils ont fait," a-t-il dit.  "Mais c'est ce qu'est le travail ferroviaire. Vous dépendez de vos confrères de travail dans de telles situations. " Presque trois ans plus tard, à Ottawa, Moloney et Osborne se sont retrouvés devant son Excellence l'Honorable Adrienne Clarkson, Gouverneure générale du Canada. Avec 44 autres Canadiens, ils ont reçu la médaille du courage, attribuée pour des actes d'héroïsme dans des circonstances dangereuses. Un rapport sur chaque incident a été lu à haute voix avant que les médailles aient été épinglées sur les récipiendaires.

"Nous n'avions aucune idée que ça allait en venir à ceci,"  a dit Moloney, après avoir reçu sa médaille. "C'est une sensation extraordinaire d'avoir été choisi."

"C'est un honneur incroyable," a convenu Osborne, qui prend maintenant un second regard pour les trous noirs en conduisant son train sur le même territoire. "Mais espérons que les cérémonies mettront fin à cette histoire."

 

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